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Mitsumine : sur les traces du Kyokushin

Photo du rédacteur: Sébastien Boulerand
Sébastien Boulerand
14 sept.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 sept.



Il existe des endroits que l’on visite et d’autres que l’on ressent.

Pour moi, Mitsumine appartient définitivement à la seconde catégorie.

Perché à environ 1 100 mètres d’altitude, au cœur des montagnes de Chichibu, le sanctuaire semble presque isolé du reste du monde.

À chacune de mes visites, j’y ai ressenti quelque chose de particulier. Une impression de calme, de puissance, mais aussi cette sensation de venir ici pour se ressourcer et se charger en énergie.

Il faut prendre le temps de marcher, d’observer les arbres, la montagne, les bâtiments du sanctuaire, de respirer et parfois simplement de rester silencieux.

C’est un lieu spécial.

Et pour moi, un lieu incontournable pour tout pratiquant de Kyokushin qui a un jour la possibilité de venir au Japon.


Près de 1 900 ans d’histoire

L’histoire traditionnelle de Mitsumine remonte à près de 1 900 ans.

Selon les récits conservés par le sanctuaire, le prince Yamato Takeru serait monté dans ces montagnes au cours de son voyage vers l’est du Japon. Il y aurait consacré un lieu à Izanagi-no-Mikoto et Izanami-no-Mikoto, deux divinités fondamentales de la mythologie japonaise.

La tradition raconte également qu’un loup aurait guidé Yamato Takeru à travers la montagne.

C’est pourquoi, encore aujourd’hui, Mitsumine possède une particularité immédiatement visible : contrairement aux komainu, les chiens-lions que l’on retrouve habituellement à l’entrée des sanctuaires japonais, ce sont des loups qui veillent symboliquement sur Mitsumine.

Au cours des siècles, la montagne devint également un important lieu de pratique du Shugendō, tradition ascétique japonaise intimement liée à la montagne.

Cette dimension spirituelle est toujours perceptible lorsque l’on arrive ici.

Mitsumine et Sosai Mas Oyama

Pour nous, pratiquants de Kyokushin, Mitsumine possède encore une autre dimension.

La montagne est étroitement associée à la mémoire de Sosai Masutatsu Oyama, fondateur du Kyokushin.

Aujourd’hui encore, des pratiquants venus du monde entier se retrouvent à Mitsumine pour des entraînements et des cérémonies commémoratives. Un monument à la mémoire de Sosai Oyama est visible sur la montagne et constitue un lieu de recueillement pour les Kyokushin karateka.

Lorsque l’on se retrouve devant ce monument, l’histoire que l’on connaît à travers les livres, les récits de nos professeurs ou les anciennes photographies prend soudain une autre dimension.

On est là.

Dans cette montagne.

Et certaines choses deviennent plus faciles à comprendre.

Trois voyages : 2022, 2025 et 2026

Ma première montée à Mitsumine remonte à 2022.

Cette année-là, Takayoshi et Shota Mizuno m’y ont conduit en voiture et m’ont fait découvrir le sanctuaire pour la première fois.

Je leur garde une profonde gratitude pour cette découverte.

J’y suis ensuite revenu en 2025, puis une troisième fois en 2026.

Mais quelque chose avait changé.

Cette fois, j’avais souhaité partager cette expérience avec mes propres élèves du dojo.

Finalement, cette succession de voyages représente assez bien ce qu’est la transmission dans les arts martiaux.

En 2022, j’étais celui que l’on conduisait jusqu’à Mitsumine.

Quelques années plus tard, j’étais devenu celui qui y conduisait ses élèves.

Recevoir. Comprendre. Transmettre.

Une pensée pour notre Sensei

Et puis, à Mitsumine, mes pensées reviennent forcément vers notre Sensei, Pierre Grondin.

Lui aussi avait foulé cette montagne bien avant nous, dès 1998.

Lors de ma dernière visite, pendant tout le trajet puis pendant toute la découverte du sanctuaire, j’ai eu le temps de réfléchir et de prendre la mesure de certaines choses.

Avec les années, notre regard change.

Il faut parfois venir jusqu’ici pour comprendre certaines choses du passé.

Comprendre ce que pouvait représenter un voyage au Japon à une autre époque. Comprendre cette volonté d’aller chercher quelque chose si loin de chez soi, de découvrir, d’apprendre… puis de revenir pour transmettre.

Aucun chemin ne se trace seul.

Nous avançons toujours dans les pas de ceux qui nous ont précédés.

Ne l’oublions jamais.

Comment se rendre à Mitsumine depuis Tokyo ?

Pour mes deux premières visites, en 2022 et 2025, je suis monté à Mitsumine en voiture.

En 2026, j’ai voulu vivre le trajet différemment : train et bus depuis Tokyo.

Depuis Ikebukuro, on peut emprunter la ligne Seibu jusqu’à Seibu-Chichibu. Pour rendre le trajet particulièrement agréable, le Limited Express Laview permet de rejoindre directement la région de Chichibu.

À l’arrivée à Seibu-Chichibu, il suffit ensuite de rejoindre l’arrêt de bus situé devant la gare. Le Seibu Kanko Bus dessert directement Mitsumine-jinja.

Le trajet en bus dure actuellement environ 75 à 80 minutes et grimpe progressivement au cœur des montagnes jusqu’au sanctuaire, situé à environ 1 100 mètres d’altitude.

Itinéraire

Tokyo – Ikebukuro↓Ikebukuro – Seibu-ChichibuTrain Seibu / Limited Express Laview↓Seibu-Chichibu – Mitsumine-jinjaBus direct Seibu Kanko↓Mont Mitsumine – environ 1 100 m

Il faut prévoir une véritable journée pour profiter du lieu sans courir et, surtout, bien vérifier les horaires du dernier bus pour le retour.

Mais je conseille aussi de ne pas considérer ces heures de transport comme du temps perdu.

Regarder Tokyo disparaître progressivement, voir apparaître les montagnes, puis terminer le voyage par cette longue montée en bus fait partie de l’expérience.

Le chemin vers Mitsumine prépare déjà, quelque part, à Mitsumine.

Après trois visites, ce lieu continue de provoquer chez moi la même sensation.

Magnifique. Intense. Presque magique.

Un endroit où je viens chercher quelque chose, me ressourcer, me charger en énergie… mais aussi mesurer le chemin parcouru.

Et lorsque je regarde aujourd’hui mes élèves découvrir à leur tour cette montagne, je comprends peut-être encore un peu mieux le sens du mot transmission.

Osu.



 
 
 

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